Rendre une page publiable, c'est le métier du secrétaire de rédaction. Cet inconnu à qui la presse et l'édition aimeraient bien, par souci économique, faire avaler son bulletin de naissance. Mais si le Web lui permettait d'endosser un avenir radieux ? Deux raisons pour en causer.

Secrétaire de Rédaction Tonton flingueur

Si vous ne travaillez pas dans la presse ou l'édition, le secrétaire de rédaction (SR) vous est inconnu. Pour cause : c'est un homme de l'ombre, parfois même dans son propre journal. Nous allons tirer à grands traits saillants le portrait de ce métier aussi discret qu'indispensable. Plus que jamais indispensable ? Oui, à l'heure des nouveaux médias, si j'en crois les cas d'errance éditoriale que je note chaque jour en lisant les textes édités sur le Web, que ce soit dans un temple de l'information comme le journal Le Monde, sur un blog, un site pro qui vend des martiens en kit ou des objets de consommation à l'obsolescence programmée. Comme internet fait de chacun un ambitieux du clavier et de chaque industrie un musicien du bla-bla, le SR gagne en valeur.

 

Le premier lecteur

 

Une page imprimée ou un écran impose les mêmes contraintes de lecture. Deux éléments y coexistent, le texte et l'image. Ces deux éléments, c'est le domaine du SR. Sur l'un et sur l'autre, dès lors que l'intention est de capter l'intérêt du lecteur et de favoriser l'incitation au clic ! par exemple après la formulation d'une requête dans les résultats Google, il devient incontournable.

Dans la mise en scène d'un message, l'étape de relecture est indispensable. Elle est au sens ce que les jambes sont à l'homme. Sans relecture, votre texte finira truffé d'erreurs, quand bien même vous maîtriseriez votre langue. SR est un métier de suspicion automatique planant sur l'architecture du texte et tous ceux qui ont écrit un jour ont compris qu'ils étaient les plus mal placés pour se livrer eux-mêmes efficacement à ce travail ; ou votre prose, sans relecture, si votre prof de français vous a traumatisé à l'école, prendra des allures de favela ; et, sans ses jambes, l'homme serait toujours coincé entre le poisson et le batracien et ne ressemblerait à rien. Cette étape de relecture donne au SR le statut de premier lecteur.

 

Du texte : niveau de lecture et page attractive

 

L'intervention du SR garantit non seulement la haute tenue d'une production écrite, mais rend également, répétons-le, par son souci des niveaux de lecture, la page attractive pour les lecteurs.

Comme un chasseur des premiers âges équipé de guibolles noueuses et nerveuses, il parcourt infatigable la steppe éditoriale. Ses dictionnaires sont sa massue. D'abord le petit gibier :

- l'orthographe, c'est lui ;

- la grammaire, c'est lui ;

- la typographie, c'est lui.

… Puis le gros gibier :

- vérifier l'information ;

- hiérarchiser l'information ;

- réécrire si nécessaire au plus près de la ligne éditoriale et pour respecter l'encombrement donné ;

- trouver un bon titre à l'article (H1) ;

- rédiger un chapô efficace (H2) ;

- créer les intertitres (H3) ;

- rédiger les légendes photo.

 

De l'image : élément graphique sous surveillance

 

Strictement, le SR est un métier de presse. Et qui dit presse, dit image. Qui dit image, dit sens. Double sens. Quintessence. Et même contresens. L'image informe ou illustre. L'image est suggestive ou descriptive. Parfois les deux, bien sûr. Le SR veille sur elle. Valide la pertinence de son choix au regard du texte, de la page, du dossier, du magazine. Se préoccupe de son emplacement, de sa lisibilité en fonction des autres éléments qui cohabitent avec elle dans le même espace et dans la même séquence. Quelle relation entretient-elle avec la typo, les blancs tournants (espace qui fait respirer les éléments de la page et accentue sa lisibilité globale), les autres images de la même page, etc. ? Et, plus largement encore, de sa pertinence graphique et sémantique par rapport à l'ensemble de la publication. Alors, vous voilà convaincu de la nécessité d'un SR pour optimiser vos pages et vos écrans ? Non ? Toujours pas ? Bien. Nous allons donc maintenant vous démontrer combien vous auriez tort de faire l'impasse sur un tel technicien. En trois points. 

 

1. Prince de l'éditing

 

Il possède la plus riche expérience qui soit pour trouver à chaque article les meilleurs titres. Évident, tous les bons SR passent leur temps à lire depuis leur culotte courte : romans, essais, magazines, publicités, prospectus de boîtes aux lettres, etc. Tout ce qui s'écrit leur est familier. Nombre d'entre eux ont suivi pour cette raison un cursus de lettres, et ont fait plus tard le choix de rejoindre l'ombre des productions éditoriales pour se livrer à leur travail d'orfèvre préféré, créer des mots parfaitement adaptés à un message donné. Une page intégralement « sr-isée » augmente non seulement son capital attractif – nous insistons –, mais devient aussi belle et correcte comme un premier rendez-vous d'amoureux, et le lecteur ainsi finement alléché se rue sur le texte.

 

2. Roi du mot

 

Le bon mot, le mot représentatif, le mot qui claque, celui qui synthétise, illustre, sublime le message essentiel de votre information,  trouver ce mot est son métier, car il vit dans les mots, sinon il aurait choisi la chanson, le 110 m haies ou serait devenu un boss du CAC40. Avec un SR : les H1, H2, H3, c'est-à-dire une titraille de compétition, catapultent votre site dans les « charts » Google, ce dieu insatiable du référencement.

 

3. Empereur du sens

Il ne s'arrête pas là. La forme compte aussi pour lui autant que le fond. Certes, il jurera (intérieurement) contre l'archaïsme des traitements de texte par CMS qui le renvoie aux ténèbres de son métier, lui qui est rompu à XPress ou à Indesign, mais il vous arrangera les répartitions des surfaces occupées au mieux. Il a ça dans le sang. Niveau de gris – dans le jargon –, typos lisibles, césures et coupes réfléchies, place des encadrés, des exergues, emplacement des images, ce maniaque du bon élément au bon endroit s'épanouissant dans la page pour accentuer la puissance de l'écrit et le confort du lecteur ne vous laissera jamais désemparé face à l'écran ou à la page.

 

En finir avec un mythe : le rédacteur « one shot »

L'idée du journaliste rédacteur qui écrit d'un jet parfait son article destiné à l'imprimerie dans l'heure qui suit relève bien entendu de la légende urbaine. Dans le même esprit, notez que l'écrivain faisant jaillir de sa plume/son clavier instantanément des phrases immarcescibles et de toute beauté relève là encore d'une mahousse entourloupe. L'un et l'autre écrivent, biffent, reformulent, pensent que tout est OK et mettent leur texte dans un circuit de copie. Le SR récupère le papier du journaliste-rédacteur, ouvre sa valise technique, use de ses outils et rend le texte publiable ; le secrétaire, le correcteur ou le service de correction de l'éditeur purifient le texte de l'auteur de ses scories, amphigouris et autres naufrages.

 

Anecdote : fossoyeur malgré lui

Ah oui, je ne vous ai pas dit, en presse, le SR a hérité du métier de correcteur, qui était un métier en soi. Pas qu'il soit meilleur sur ce point qu'un correcteur pur et dur, non pas, mais la boulimie de la rentabilité a frappé le monde de l'édition et cette fonction exigeante et unique a rejoint le cimetière des lettres. Le SR est donc à son corps défendant le fossoyeur du correcteur. Lui-même a un contrat sur sa tête et il se pourrait qu'il rejoigne à son tour dans l'oubli notre regretté défunt. Enfin, c'est ce qui se dit dans le milieu…

 

Le web : « Je ne demande pas à monsieur si monsieur sait s'en servir. » *

Amplifions les données actuelles. Le SR a disparu des radars de l'édition. Des millions de magazines affichent chaque jour des milliards d'informations. Les communicants communiquent, les journalistes informent. La fabrique à textes tourne à plein régime. L'ogre de la quantité a terrassé la féérie du qualitatif. Plus personne ne se soucie de correction, de vérification, de niveaux de lecture, de typographie. Chacun se pense maître de son monde éditorial, qui n'est plus, au vrai, qu'un infâme bouillon de signes. Les lecteurs se repaissent malgré tout, car la profusion a toujours eu du charme aux yeux de ceux qui ignorent la délicatesse. Pour autant, la messe n'est pas dite. Il restera toujours des professionnels soucieux de qualité. Des gens comme vous, n'est-ce pas ?

 

* Robert Dalban, Les Tontons flingueurs (1963), écrit par Michel Audiard.

 

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